Jeudi 4 février 2010
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21:45
Et là, ce que je veux écrire, c'est ça.
Trois fois que je pense à tout supprimer, tellement ça me semble stupide, et puis non.Je vais pas poubelliser ce truc alors que ça fait une heure que j'y suis.
Ce soir, j'ai appelé un pote auquel je ne pense jamais, et franchement, je ne sais pas pourquoi.
Si en fait, parce qu'il bosse tout le temps et moi aussi !
C'était un collègue de boulot d'avant, et c'est vrai qu'à cette époque, avec un ou deux autres, on a fait une équipe géniale, malgré les boulets qui sévissaient. Le
manager de l'époque regrette encore cette période, et c'est vrai que ça m'était jamais arrivé que ça soit si fluide.
D'ailleurs, on se revoit toujours, parfois deux par deux, parfois tous ensemble.
Dommage que la boîte ait été si étriquée.
Bref, avec ce type, à chaque fois qu'on se parle, y'a une vraie reconnaissance : le rythme, l'énergie, c'est difficile à dire, on se comprend, on est bien ensemble. Il sait qui je suis et
réciproquement.
Il se pointe l'air de rien avec ses yeux qui brillent et sa question à la con, et il sait que je pense comme lui, et qu'on est deux à pouvoir se le dire. Il a un peu peur de se faire jeter, mais
il sait que ça n'arrivera pas.
Je lui ai parlé des tests de Nine, et il m'a dit "ça veut rien dire, je suis surdoué aussi".Et je l'ai coupé, chui pas surprise (je fais pas une fixette, je recoupe
des infos, et j'essaie de me faire un avis). Je soupçonne qu'il doit pas en parler souvent.
Pareil dans la relation avec mon chef, mais c'est mon chef, donc on garde une distance, enfin, y'en a toujours un pour la remettre.
Ce type là, il fait partie des 10% des mecs les mieux payés en France, et il a pas de diplôme. Ca n'arrive jamais dans ce pays. Encore un "hors norme". Avec une sacré énergie aussi. Il me passe
tout, ne m'emmerde jamais, ne vient me voir que quand il a besoin de décompresser. Pourtant, c'est un type super exigeant.
Bref, ça me trouble cette "double vie".
Avant 35 ans, je ne savais pas qu'il existait des gens avec lesquels je pouvais m'entendre si bien.
Et dans ce contexte, je fais des merveilles, au boulot, à la maison, c'est comme si j'avais pris les épinards de Popeye.
Je sais pas si je suis claire.
Y'a des moments où tout craque sous le masque, et en ce moment, c'est ce genre de période.
Plus Hulk que Popeye à la réflexion. Je me rencontre enfin. Et pour la première fois de ma vie, ce n'est pas avec un oeil critique.
Il m'aura fallu tout ce temps pour juste comprendre que ceux avec lesquels je m'entends bien sont rares, mais qu'ils existent.
Et que ce n'est pas juste parce que je suis bizarre.
Donc maintenant, je peux arrêter d'avoir peur.
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